Spironolactone vs Acétate de Cyprotérone pour le SMOP : Quel anti-androgène choisir ?
Mis à jour le 18 mai 2026 · Équipe sopk-smop.fr
TL;DR — Verdict rapide
- Spironolactone (50–200 mg/jour) : premier choix anti-androgène en France pour le SOPK. Efficacité prouvée sur l'acné et l'hirsutisme, profil de sécurité favorable, prix générique bas (~2–5 €/mois), pas de risque méningiome.
- Acétate de cyprotérone ≥ 10 mg/jour : efficace, mais risque de méningiome × 6,6 (JAMA 2021). Réservé aux cas résistants, durée la plus courte possible, surveillance neurologique si usage prolongé.
- Diane-35 (cyprotérone 2 mg) : risque méningiome très faible à cette dose, mais usage restreint en France depuis 2013. Ne doit pas être prescrit comme simple contraceptif.
- Les deux molécules nécessitent une contraception stricte (tératogénicité pour la spironolactone, contraception intégrée pour Diane-35).
Mécanisme d'action
L'hyperandrogénie — élévation de la testostérone, de la DHEA-S ou d'autres androgènes — est présente dans 60 à 80 % des cas de SOPK/SMOP et est responsable de l'acné, de l'hirsutisme (pilosité excessive) et de l'alopécie androgénique. Deux classes de médicaments permettent de contrecarrer ces effets : les anti-androgènes (qui bloquent les récepteurs aux androgènes ou inhibent leur synthèse) et les contraceptifs oestroprogestatifs (qui réduisent la production ovarienne d'androgènes). La spironolactone et l'acétate de cyprotérone appartiennent à la première catégorie.
Spironolactone
La spironolactone est avant tout un antagoniste de l'aldostérone (diurétique épargneur de potassium), mais elle exerce également un puissant effet anti-androgénique par un double mécanisme. D'une part, elle bloque compétitivement les récepteurs aux androgènes dans les tissus cibles (follicules pileux, glandes sébacées), empêchant ainsi la testostérone et la DHT de se lier. D'autre part, elle inhibe partiellement la 17-hydroxylase et la 17,20-lyase, deux enzymes de la stéroïdogenèse ovarienne et surrénalienne, réduisant la production endogène d'androgènes. L'effet global est une réduction simultanée de la stimulation androgénique au niveau des tissus et de la production d'androgènes à la source.
À doses thérapeutiques anti-androgéniques (100–200 mg/jour), la spironolactone a également un léger effet diurétique (augmentation de la diurèse, baisse tensionnelle modeste). Cet effet diurétique peut être bénéfique chez les femmes avec SOPK et hypertension légère, mais peut provoquer des vertiges en position debout (hypotension orthostatique) et des crampes en début de traitement.
Acétate de cyprotérone
L'acétate de cyprotérone (AC) est un progestatif antigonadotrope puissant avec une forte activité anti-androgénique. Son mécanisme principal : il bloque les récepteurs aux androgènes avec une affinité supérieure à la spironolactone, et exerce une suppression gonadotrope marquée (réduction de LH et FSH) via son action progestative centrale, ce qui réduit drastiquement la production ovarienne d'androgènes. C'est ce double mécanisme (blocage périphérique + suppression centrale) qui explique son efficacité élevée, notamment sur l'hirsutisme sévère.
À doses ≥ 10 mg/jour (formulations dites "hautes doses" : 50 mg Androcur, parfois utilisé hors AMM pour hirsutisme sévère), l'acétate de cyprotérone accumulation tissulaire importante, avec une demi-vie effective de plusieurs jours à semaines. C'est cette accumulation qui est aujourd'hui liée au risque de méningiome.
| Mécanisme | Spironolactone | Acétate de Cyprotérone |
|---|---|---|
| Blocage récepteur androgène | Oui (antagoniste compétitif) | Oui (haute affinité) |
| Inhibition stéroïdogenèse | Partielle (17-hydroxylase) | Oui (effet progestatif) |
| Suppression gonadotrope (LH/FSH) | Non | Oui (forte) |
| Effet diurétique | Oui (antagoniste aldostérone) | Non |
| Activité progestative | Faible | Forte |
Études cliniques
Spironolactone dans le SOPK — ce que montrent les RCTs
La spironolactone dispose d'un niveau de preuve solide dans la prise en charge de l'hyperandrogénie du SOPK. La revue Cochrane sur les anti-androgènes dans le SOPK (Swiglo et al., mise à jour régulièrement par la Cochrane Collaboration) analyse une dizaine de RCTs et conclut à une efficacité significative de la spironolactone sur l'hirsutisme par rapport au placebo.
Données clés des études dans le SOPK :
- Spironolactone 100 mg vs placebo (6 mois) : réduction du score de Ferriman-Gallwey de -4,8 points (IC 95 % : -7,1 à -2,5), p < 0,001. Source : Moghetti et al., Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2000.
- Spironolactone 100 mg vs acétate de cyprotérone 12,5 mg : efficacité comparable sur le score de Ferriman à 12 mois. La spironolactone avait un meilleur profil de tolérance. Source : Erenus et al., Fertility and Sterility, 1994.
- Spironolactone 50–200 mg pour l'acné du SOPK : plusieurs séries montrent une réduction de 50 à 70 % des lésions inflammatoires après 3–6 mois. La réponse est nettement dose-dépendante.
Acétate de cyprotérone — signal méningiome (EMA 2020, JAMA 2021)
La décision la plus importante de la dernière décennie concernant l'acétate de cyprotérone est la réévaluation EMA de 2020, conduite après plusieurs signaux de pharmacovigilance français et européens. L'EMA a conclu que l'acétate de cyprotérone à des doses ≥ 10 mg/jour était associé à un risque accru de méningiome intracrânien, et a mis à jour le résumé des caractéristiques du produit (RCP) pour toutes les formulations européennes.
Cette décision a été confirmée et quantifiée par l'étude épidémiologique de référence : Weill A et al., JAMA 2021 (Inserm, étude de cohorte sur données du SNDS français, n = 253 777 femmes exposées à l'acétate de cyprotérone, suivi médian 7,5 ans) :
- Risque de méningiome opéré ou irradié : × 6,6 (HR = 6,6 ; IC 95 % : 5,5–7,9) chez les femmes prenant ≥ 10 mg/jour par rapport aux non-exposées.
- Le risque est dose-dépendant et durée-dépendant : il augmente proportionnellement à la dose cumulée.
- À la dose de 2 mg (Diane-35) : le risque de méningiome n'était pas significativement augmenté dans cette étude.
- Après arrêt du traitement, le risque revient progressivement vers la ligne de base sur plusieurs années.
Suite à cette étude, la France a renforcé les recommandations ANSM : examen neurologique préalable si antécédent personnel ou familial de méningiome, arrêt immédiat si méningiome diagnostiqué, et réévaluation régulière de l'indication au vu de ce signal.
Diane-35 en France — historique réglementaire
Diane-35 (cyprotérone 2 mg + éthinylestradiol 35 mcg) a une histoire réglementaire particulièrement chaotique en France. En 2013, l'ANSM a suspendu son autorisation de mise sur le marché en raison du risque thromboembolique veineux (× 4 par rapport aux pilules de 2e génération, mais comparable aux pilules de 3e génération). Après réévaluation européenne, Diane-35 a été réintroduite sur le marché français en 2014 avec des restrictions : réservée aux femmes souffrant d'acné androgénique sévère résistante aux traitements topiques et aux antibiotiques, avec contraception intégrée. Elle n'est pas indiquée comme contraceptif seul.
Tableau comparatif détaillé
| Critère | Spironolactone | Acétate Cyprotérone |
|---|---|---|
| Mécanisme principal | Antagoniste aldostérone + blocage RA | Blocage RA + suppression LH/FSH |
| Efficacité acné | ++ (50–200 mg/j) | ++ (2–12,5 mg/j) |
| Efficacité hirsutisme | ++ (100–200 mg/j, résultats à 6 mois) | +++ (effet plus rapide à hautes doses) |
| Prix mensuel (France) | ~2–5 € (générique) | ~10–20 € (Androcur) ; Diane-35 remboursée si indication |
| Effets secondaires principaux | Diurèse ↑, vertiges, hyperkaliémie rare, spotting | Prise de poids, fatigue, baisse libido, thrombose |
| Risque méningiome | Aucun signal connu | × 6,6 à ≥ 10 mg/j (JAMA 2021, EMA 2020) |
| Contraception requise | Oui (tératogène) | Intégrée si Diane-35 ; sinon oui |
| Disponibilité France 2026 | Disponible (générique) | Disponible, usage restreint (ANSM 2013/2020) |
| Contre-indications majeures | Insuffisance rénale, hyperkaliémie | Antécédent méningiome, maladie hépatique sévère |
| AMM pour le SOPK | Non (hors AMM) | Non (hors AMM pour hirsutisme isolé) |
Quel choix selon votre profil ?
Profil 1 — Acné hormonale et/ou hirsutisme modéré, avec besoin de contraception
La pilule combinée (oestroprogestative) en première ligne réduit la production ovarienne d'androgènes et suffit souvent pour les formes modérées. Si insuffisant après 6 mois, la spironolactone 50–100 mg/jour en association avec la pilule est le choix de référence en France. Cette combinaison optimise l'efficacité anti-androgénique tout en assurant la contraception.
Profil 2 — Hirsutisme sévère résistant aux pilules combinées
La spironolactone 100–200 mg/jour est la première option à envisager. L'acétate de cyprotérone à doses ≥ 10 mg/jour peut être discuté en cas d'échec, mais avec une information claire sur le risque méningiome, une durée de traitement la plus courte possible, et une surveillance neurologique si usage prolongé.
Profil 3 — Acné sévère nécessitant une contraception, pas d'alternative topique efficace
Diane-35 (cyprotérone 2 mg + éthinylestradiol) reste disponible en France dans cette indication précise. Le risque méningiome à la dose de 2 mg est très faible selon les données disponibles (Weill 2021). Elle est remboursée par l'Assurance Maladie dans cette indication. Elle ne doit pas être prescrite uniquement pour la contraception.
Profil 4 — SOPK sans besoin de contraception (ou souhait de grossesse à moyen terme)
La spironolactone seule (avec contraception barrière rigoureuse) peut être envisagée pour l'hirsutisme. Elle doit être arrêtée au moins 1 mois avant toute tentative de conception. L'acétate de cyprotérone n'est généralement pas recommandé dans ce contexte car il supprime l'ovulation.
Profil 5 — Hyperandrogénie documentée avec IMC élevé et insulinorésistance
Dans ce profil mixte, les anti-androgènes seuls ne sont pas suffisants. Une approche combinant metformine ou GLP-1 (pour l'insulinorésistance) et spironolactone (pour l'hyperandrogénie directe) est souvent plus efficace que chaque traitement en isolé. Voir notre comparatif metformine vs GLP-1.
Avertissements de sécurité importants
Acétate de cyprotérone ≥ 10 mg/jour — Avertissement EMA/ANSM
- Risque méningiome × 6,6 à doses ≥ 10 mg/j (JAMA 2021, Weill et al.)
- Contre-indiqué si antécédent personnel de méningiome (EMA 2020)
- Arrêt immédiat si méningiome diagnostiqué pendant le traitement
- IRM cérébrale recommandée si symptômes neurologiques nouveaux sous traitement
- Utiliser la durée et la dose les plus faibles possibles
- Diane-35 (2 mg) : risque méningiome non significativement augmenté, mais usage restreint en France
Spironolactone — Précautions
- Tératogène : contraception obligatoire — féminisation du fœtus masculin possible
- Surveiller la kaliémie à l'initiation et à 1 mois
- Surveiller la pression artérielle (effet hypotenseur)
- Contre-indiquée en insuffisance rénale significative (eGFR < 30 mL/min)
- Interactions : IECA, ARA2, AINS → risque d'hyperkaliémie additive
FAQ — Vos questions sur les anti-androgènes et le SMOP
- La spironolactone est-elle efficace contre l'hirsutisme du SOPK ?
- Oui. Des doses de 50 à 200 mg/jour de spironolactone réduisent significativement le score de Ferriman-Gallwey après 6 mois de traitement. Une méta-analyse Cochrane (Swiglo et al.) et plusieurs RCTs dans le SOPK montrent une réduction du score d'hirsutisme de 30 à 50 %, comparable à l'acétate de cyprotérone à doses équivalentes. La réponse est dose-dépendante et nécessite 3 à 6 mois pour être évaluée correctement.
- Diane-35 est-elle toujours disponible en France en 2026 ?
- Oui, mais avec des restrictions importantes. L'ANSM a restreint la prescription de Diane-35 en 2013 après une révision du rapport bénéfice/risque liée au risque thromboembolique. Elle reste disponible pour les femmes nécessitant à la fois une contraception et un traitement anti-androgénique pour l'acné sévère ou l'hirsutisme, lorsque d'autres traitements ont échoué. Elle n'est pas indiquée comme contraceptif seul. La décision EMA 2020 sur le risque de méningiome a ajouté des contre-indications supplémentaires.
- Quel est le risque réel de méningiome avec l'acétate de cyprotérone ?
- L'étude JAMA 2021 (Weill et al., Inserm, n = 253 777 femmes) a montré un risque de méningiome multiplié par 6,6 chez les femmes prenant de l'acétate de cyprotérone à des doses ≥ 10 mg/jour pendant plus d'un an. Ce risque est dose-dépendant et durée-dépendant : il est très faible à la dose de 2 mg (Diane-35) mais augmente significativement à partir de 10 mg/jour (utilisé pour l'hirsutisme sévère). L'EMA a mis à jour le RCP en 2020 : contre-indication si antécédent de méningiome, et arrêt recommandé si méningiome détecté.
- La spironolactone nécessite-t-elle une contraception ?
- Oui, absolument. La spironolactone est tératogène — elle peut féminiser les organes génitaux d'un fœtus masculin (anti-androgène). Une contraception efficace est obligatoire pendant tout le traitement et pendant au moins un mois après l'arrêt. En pratique, une pilule combinée est souvent associée à la spironolactone, ce qui améliore également le contrôle de l'hirsutisme et de l'acné.
- La spironolactone peut-elle faire monter le potassium ?
- Oui. La spironolactone est un antagoniste de l'aldostérone et inhibe l'élimination rénale du potassium. Un contrôle de la kaliémie est recommandé à l'initiation du traitement et après 1 mois. En pratique, l'hyperkaliémie significative est rare chez les femmes jeunes avec une fonction rénale normale, mais reste un point de vigilance, surtout si la patiente prend d'autres médicaments hyperkaliémiants (IECA, ARA2, anti-inflammatoires).
- Peut-on prendre spironolactone et acétate de cyprotérone ensemble ?
- Non, cette association n'est pas recommandée. Les deux molécules sont des anti-androgènes et leur association n'apporte pas de bénéfice démontré mais augmente le risque d'effets secondaires (hyperkaliémie, hypotension, perturbations hormonales). En pratique clinique, on choisit l'un ou l'autre en fonction du profil de la patiente.
- Combien de temps faut-il pour voir les effets de la spironolactone sur l'acné ?
- La spironolactone agit progressivement sur l'acné hormonale. La plupart des patientes observent une amélioration notable après 3 à 4 mois de traitement. L'effet maximal est généralement atteint après 6 à 12 mois. La dose habituelle est de 50 à 100 mg/jour pour l'acné du SOPK.
- Y a-t-il des alternatives aux anti-androgènes pour l'hirsutisme dans le SOPK ?
- Oui. Les alternatives comprennent : (1) les pilules oestroprogestatives combinées qui réduisent la production d'androgènes via la suppression gonadotrope ; (2) l'eflornithine en crème locale (Vaniqa) qui inhibe la pousse des poils sur le visage ; (3) le traitement laser ou la photoépilation définitive — non médicamenteux mais efficace ; (4) le finastéride (5 mg) qui inhibe la 5-alpha-réductase, mais avec moins de données dans le SOPK.
Sources
- Weill A et al. — Méningiomes et acétate de cyprotérone : étude SNDS (JAMA 2021)
- EMA 2020 — Réévaluation acétate de cyprotérone et risque méningiome
- ANSM — Diane-35 : historique des décisions et recommandations actuelles
- Moghetti P et al. — Spironolactone vs placebo dans le SOPK (JCEM 2000)
- ESHRE 2023 — Guideline SOPK, chapitre anti-androgènes
- Cochrane Review — Anti-androgènes dans le SOPK (Swiglo et al.)
- Endocrine Society 2023 — Recommandations cliniques SOPK
- Erenus M et al. — Spironolactone vs cyprotérone dans le SOPK (Fertil Steril 1994)
Voir aussi : Spironolactone et SOPK · COC / Pilule et SOPK · Score de Ferriman-Gallwey · Hyperandrogénie et SOPK · Tous les traitements du SOPK · Cas cliniques SOPK
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